NINA DE VILLARD — Anne-Marie Gaillard, dite Nina de Villard de Callias (1843-1884), femme de lettres, poétesse, comédienne et excellente pianiste, fille d'un riche avocat Lyonnais, a tenu le salon intellectuel le plus coté de Paris, vers la fin du XIXe siècle. L'un de ses époux transitoires fut Hector, comte de Callias, écrivain et journaliste au Figaro. Belle femme au teint blanc et à la chevelure de jais, selon ses admirateurs, elle attirait tous les regards, capturait tous les cœurs.

Ces soirées du mercredi et du dimanche qu'organisait Nina, complice et femme adulée, inspiratrice du Coffret de santal, ont révélé un modèle de ces brassages culturels où accouchent les esprits. L'avant-garde parisienne se pressait à ces rencontres, fééries un peu diaboliques aux yeux de Paul Verlaine lui-mème. Tenu au début en collaboration avec la mère de Nina, Mme Ursule-Émilie Gaillard, ce salon parisien fut très mobile : 17, rue de Chaptal, rue de Londres, rue de Turin et dans un petit hôtel au 82, rue des Moines. Pour 1882, il faudra ajouter le 58, la rue Notre-Dame-de-Lorette.

L'on pouvait croiser à ses réceptions: son amant, le poète Charles Cros, Judith Gautier, Albert Mérat, Jeanne Samary, Olympe Audouard, Jean Marras, Henri La Luberne, le poète anglais George Moore qui fut for mal reçu des convives; Paul Verlaine, Émile Goudeau, bougie d'allumage de la vie culturelle montmatroise; Léo Montancey, pseudonyme de Léo Goudeau, frère du précédent; l'humoriste Alphonse Allais, Maurice Mac Nab, Léon Bloy, Stéphane Mallarmé, Hector Berlioz et Richard Wagner avec son style musical révolutionnaire qu'elle imposa; les frères Goncourt, Catulle Mendès, Jules Valès, Henri de Rochefort, Jules Laforgue, Augusta Holmès poète-compositeur; Jean Richepin, Villiers de l'Isle Adam, François Coppée, Camille Pellatan, le magnétiseur Henri Delaage, Stéphane Mallarmé, François Arago, Arthur Rimbaud, Maurice Rollinat, Charles-Marie Leconte, dit Leconte de Lisle, Raoul Ponchon, Octave Mirbeau, José Maria de Heredia, Léon Dierx, Anatole France, l'étrange musicien Cabaner, Nicolas Toussaint Des Essarts, le poète Emmanuel Des Essarts, Ernest, dit Coquelin cadet; Émile Zola, Alphonse Daudet, Édouard Manet qui a peint son portrait en femme algérienne; (1874, Musée d'Orsay), Germain Nouveau, le journaliste Edmond Bazire, Achille Toupié-Béziers, Edgar Degas, Léon Gambetta, l'astronome Camille Flammarion, Hippolyte Rigault, Pierre Flourens, Tony Révillon, Émile François Ernest Peyrouton Laffon de Ladebat, Hubert Lavigne, Édouard Lockroy, Georges Lorin, le peintre Pierre Franc-Lamy, Auguste de Châtillon, Félicien Champsaur, Paul Alexis, Léon Valade, le musicien Charles de Sivry, l'écrivain Adolphe Racot, le peintre et graveur Marcellin Desboutin, Henry Ghys, musicien maître de Maurice Ravel; les femmes de lettres Marie Manoël de Grandfort (Marie-Antoinette Barsalou;) et Marie de Rute, fille de la princesse Laetitia Bonaparte; la chanteuse Marie Lhéritier, le peintre Jean-Louis Forain, le bon géant Boussenard ainsi que son frère voyageur, Louis-Henri Boussenard et quelques autres avant-gardistes.

Les événements de 1870 ont fait fuir Nina et sa mère en Suisse à Genève où elle recevront de plus belle le flot de réfugiés politiques et culturels français. Pendant cet exil de trois années, Nina a perdu de son charme et beaucoup de ses moyens financiers. Puis c'est le retour au bercail de la reine fugitive du Tout-Paris mondain. Son hôtel de la rue des Moines, aux Batignolles, devient un nouveau point de ralliement. 1884 voit «La reine des fichus» décrite par Charles Cros mourir dans une clinique de Vanves usée par «l'alcool de ses nuits blanches».


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