Organistes de Saint-Hyacinthe

 

 

 

Conrad Letendre


Né à Saint-Zéphirin-de-Courval (Yamaska) le 9 janvier 1904 etdécédé à Montréal le 20 novembre 1977. Organiste, pédagogue, théoricien et compositeur. Fils de cultivateur ­ quatrième de douze enfants -, il perdit progressivement la vue entre l'âge de deux et dix ans. Néanmoins, l'enfant fréquenta l'école régulière et fut mêlé à toutes les activités de la famille. De 1913 à 1927, il fit ses études à l'Institut Nazareth à Montréal, institution pour jeunes aveugles dirigée par les Súurs Grises. C'est dans cette école, doublée d'un véritable conservatoire de musique, qu'il étudia le piano et l'orgue avec Arthur Letondal, le violon avec Camille Couture, l'harmonie, le contrepoint et le fugue avec Romain Pelletier et Achille Fortier. La formation de Conrad Letendre fut largement empreinte de l'influence de maîtres dont la culture musicale découlait essentiellement de l'École française; ils avaient étudié à Paris avec Dubois, Gigout, Marmontel et Giraud. Au terme de ses études à l'Institut Nazareth, en 1927, il obtint le double poste de titulaire de l'orgue de l'église Notre-Dame-du-Rosaire chez les Dominicains à Saint-Hyacinthe, poste qu'il occupa jusqu'en 1933, et de professeur de piano et d'orgue au Séminaire de cette ville jusqu'en 1935.

Le 10 mars 1930, il épousa Alice Daudelin, fille du facteur d'orgues Napoléon Daudelin de Saint-Hyacinthe. De ce mariage naquit une fille, Madeleine, le 30 mars 1931. À peine quelques années après son mariage, en 1933, son épouse meurt. Sa fille, elle-même musicienne, mourra en 1966.

En 1936, il s'installa définitivement à Montréal et tenta d'y poursuivre sa carrière. C'est alors qu'il connut des années pécuniairement difficiles mais riches en réflexion. Vers cette époque, il renoua avec son camarade d'études, Gabriel Cusson (Prix d'Europe 1924), rentré au pays. Petit à petit, du fruit de cette collaboration est née une véritable école.

De 1942 à 1954, il partagea son temps entre Montréal et Saint-Hyacinthe. De 1942 à 1952, à Saint-Hyacinthe, il fut de nouveau professeur au Séminaire, enseigna dans les diverses communautés religieuses et donna quelques cours d'orgue à la Cathédrale et à l'église des Dominicains. De plus, il fut aviseur artistique de «La Bonne Chanson» fondée par l'abbé Charles-Émile Gadbois, et, de 1952 à 1954, occupa le poste de rédacteur en chef de la revue «Musique et Musiciens».

Entre temps, à Montréal, il aura épousé son élève, assistante et collaboratrice, Aline Chénier-Lavergne. Les élèves de Conrad Letendre, dont la plupart deviennent organistes titulaires, sont entre autres, Gaston Arel, Jean Chatillon, Raymond Daveluy, Gilles Fortin, Kenneth Gilbert, Bernard Lagacé, Mireille Lagacé, Lucienne L'Heureux, Michel Perrault, Gertrude Perreault-Mongeau, Jeannine Vanier. Ils fondent le «Groupe Conrad Letendre». Ils n'ont pas vingt ans, et, déjà, font leurs armes en donnant des concerts sur les meilleurs instruments de la métropole. C'est parmi cette phalange d'organistes qu'il faut chercher les promoteurs du renouveau de l'orgue amorcé à Montréal au début des années soixante.

À titre privé et comme boursier du Ministère du affaires culturelles du Québec, Conrad Letendre poursuit, durant de nombreuses années, d'importants travaux de recherche dans le domaine des sciences musicales, parallèlement à son enseignement de l'orgue. Il est l'auteur d'un traité d'harmonie que d'aucuns considèrent être son úuvre la plus importante. Il en diffusa les principes dans maintes institutions, notamment à la Faculté de musique de l'Université de Montréal où il fut, de 1955 à 1962, professeur d'harmonie et d'organologie.

Les circonstances firent en sorte que, dès le début de sa carrière à Saint-Hyacinthe, lieu important de la facture d'orgue au pays, il fut irrésistiblement attiré vers cet art difficile. Il parvint à acquérir une connaissance remarquable dans ce domaine et y fit des recherches du point de vue organistique. Entre 1950 et 1960, ses idées sur la composition de l'orgue furent suivies par la maison Casavant dans la construction d'instruments de dimension imposante, dont l'orgue de l'église des Saints-Martyrs à Victoriaville, celui de Saint-Sixte à Ville Saint-Laurent, celui de Saint-Jude à Montréal, ainsi que, en 1954, dans la rénovation de l'orgue du Gesù à Montréal, instrument pour lequel son úuvre d'orgue a été conçue.

Il mourut subitement le 20 novembre 1977, entouré de confrères, en pleine activité, comme il l'avait souhaité.

Pédagogue et théoricien, esprit chercheur, il fut un maître à penser toujours disponible. D'un altruisme rare, d'un dévouement sans bornes pour tous ceux qui avaient besoin de ses conseils, il exerça auprès de ses élèves une espèce d'apostolat.

Aline Letendre

 


 

 

Gaston Arel


Né à Trois-Rivières (Québec), le 10 septembre 1928. À cinq ans, il commença, à Saint-Hyacinthe (Québec), des études en piano avec Laure Dufault (soeur Saint-Gaston, Présentation de Marie) puis travailla avec Conrad Letendre (piano, 1941-1947, orgue 1945-1954) à Saint-Hyacinthe et à Montréal. Il fut organiste à la cathédrale de Saint-Hyacinthe (1945-1953). À Montréal, il travailla le piano avec Arthur Letondal, en cours privés (1947-1951) et au Conservatoire de musique de Montréal (1947-1948). Il gagna le troisième prix de la Société Casavant en 1949. Un bourse du gouvernement du Québec lui permet de se rendre à Paris (1953-1954) étudier auprès d'André Marshal.

À son retour, il fut organiste à l'église de l'Immaculée-Conception de Montréal, poste qu'il occupa jusqu'en 1974. En 1955, il avait épousé l'organiste Lucienne L'Heureux. Son épouse et lui, boursiers du Conseil des Arts du Canada (1960), se rendirent à Hambourg (Allemagne) perfectionner leur art avec Charles Letestu, auprès duquel ils effectuèrent un second stage en 1964.

Depuis 1955, Arel participe à différentes émissions de radio aux réseaux français et anglais de la société Radio-Canada, notamment les séries «L'oeuvre d'orgue de Bach» et «Organists in Recital». Il a été invité régulièrement par les Amis de l'orgue de Québec, Ars Organi (membre fondateur et secrétaire-trésorier 1960-1973), les Concerts spirituels, les Jeunesses Musicales du Canada, Pro Organo, etc.

Professeur au séminaire de Saint-Hyacinthe (1951-1964), au Conservatoire de Trois-Rivières (1964-1969, 1976-1977) et au Centre d'art Orford (1973-1979), il enseigne aussi au Conservatoire de musique de Montréal depuis 1964 et à titre personnel. Il fut président des Compagnons de l'art de Saint-Hyacinthe (1946-1949), premier président national des Jeunesses Musicales du Canada (1949-1950), et président du centre de Saint-Hyacinthe (1949-1953) et président de l'Académie de musique de Québec (1974-1980, 1981-1984, 1987-), membre des jurys du Conseil des arts du Canada (1975) et vice-président du centre de Montréal du Collège Royal Canadien des Organistes (1975-1976).

Gaston Arel assume la présidence des Amis de l'orgue de Montréal, association dont il fut le cofondateur en 1990. Toujours soucieux de voir le monde de l'orgue se développer de façon significative au Québec, il fut le maître d'oeuvre du congrès international de la Fédération francophone des amis de l'orgue (FFAO), tenu au Québec en juillet 1991. Gaston Arel est, depuis juin 1994, le président-fondateur de la Fédération québécoise des amis de l'orgue (FQAO), organisme qui regroupe les différentes associations d'Amis de l'orgue du Québec de même que les divers intervenants du monde de l'orgue en général (sociétés de concerts, professeurs, organistes, facteurs d'orgue, amateurs, etc.) dont les objectifs visent à la promotion de l'orgue à tuyaux, son répertoire et ses interprètes à l'échelle du Québec.

Il se fait entendre en concerts dans de nombreuses villes au Canada, aux États-Unis, en Belgique, en France et en Ukraine. Dans ce pays de l'ex-URSS, il fit une tournée avec son épouse, l'organiste Lucienne L'Heureux-Arel, en juilllet 1994, devenant ainsi les premiers organistes canadiens à jouer en Ukraine depuis la chute du régime soviétique. De plus, il donna une conférence au Conservatoire de Kiev sur "l'école d'orgue québécoise et ses compositeurs", contribuant ainsi à mieux faire connaître la culture et le patrimoine musical québécois.

Gaston Arel a créé un certain nombre d'oeuvres de compositeurs québécois telles que: "Concerto pour orgue et orchestre" de Raymond Daveluy, "Variations en passacaille" d'André Prévost et "Variations" de Jacques Hétu.

L'un des chefs de file du mouvement de retour à l'orgue à traction mécanique, Arel a contribué, par ses conseils, à l'installation de plusieurs orgues au Québec, notamment à l'église de l'Immaculée-Conception de Montréal et celui de la chapelle de l'abbaye cistercienne Notre-Dame du Lac d'Oka où il est organiste titulaire depuis 1984. Plus récemment, il participa à la planification du nouvel orgue classique français du Grand Séminaire de Montréal (1991) et à celui de l'église Saint-Léon de Westmount (1996).

Source: Encyclopédie de la musique au Canada, Montréal, Fides, 1993 (ISBN 2-7621-1688-0)

 


 

 

Gilles Fortin


Né à Bedford au Québec, en 1932, il a commencé líétude du piano avec les religieuses de Saint-Joseph de Saint-Hyacinthe puis travailla le piano et líorgue avec Conrad Letendre au séminaire de Saint-Hyacinthe. À Montréal, il continua ses études en piano avec Arthur Letondal, líorgue avec Raymond Daveluy, et les sciences musicales avec Gabriel Cusson. Il a aussi suivi des cours en orgue et en direction chorale avec Charles Courboin à New York.

Organiste à líéglise Saint-Sixte de Ville Saint-Laurent en 1950, il deviendra titulaire des orguesÝ à líéglise Saint-Frédéric de Drummondville, poste quíil conservera de 1951 à 1975. Parallèlement à cette fonction, il assumera la direction de la chorale durant treize ans. Il a aussi été responsable de líenseignement musical à la Commission scolaire et au CEGEP de Drummondville. Il a aussi été président-fondateur de FAMEQ (Fédération des associations des musiciens éducateurs du Québec).

Gilles Fortin est líauteur de plusieurs úuvres musicales dont une quinzaine ont été publiées aux Éditions Musilab de Drummondville. Il est également líauteur du volume «Le pouvoir de líopposition» relatant les grandeurs et misères díune vie consacrée à la musique.

 


 

 

 

 

Bernard Lagacé


Né à Saint-Hyacinthe (Québec) le 21 novembre 1930, il commença ses études musicales avec Conrad Letendre au séminaire de Saint-Hyacinthe où il fut organiste à 14 ans.

En 1948, il remplaça Raymond Daveluy, alors en Europe, à l'église Saint-Jean-Baptiste de Montréal puis en devint titulaire en 1950. Il travaillait alors avec Yvonne Hubert (piano) et Gabriel Cusson (harmonie et contrepoint). Boursier du gouvernement du Québec, en 1954, il étudia l'orgue à Paris avec André Marshal (1954-1955) puis à Vienne avec Anton Heiller (1956) et travailla aussi le clavecin avec Isolde Ahlgrimm, Eta Harish-Schneider et Ruggiero Gerlin. De retour à Montréal, en 1957, il fut nommé professeur au Conservatoire de musique de Montréal (1957-1978) puis à l'université Concordia (1978-).

Outre sa femme, Mireille Lagacé (née Bégin), et sa fille Geneviève, il a formé un grand nombre d'élèves, dont Luc Beauséjour, Hélène Dugal, André Laberge, Lucien et Réjean Poirier et Wilhelmina Tiemersma.

Membre fondateur du groupe Ars Organi, il a travaillé activement au mouvement de renaissance de l'orgue classique en Amérique du Nord. Organiste de réputation internationale, il a donné de très nombreux récitals au Canada (notamment à la société Radio-Canada), aux États-Unis et en Europe entre autres pour d'importants festivals.

Il est organiste au Sanctuaire Marie-Reine-des-Coeurs à Montréal depuis 1966.

Bien qu'ayant joué la plupart des oeuvres importantes du répertoire d'orgue, Lagacé est considéré comme un spécialiste de la musique baroque et de Bach en particulier dont il a donné, à deux reprises, l'intégrale de l'oeuvre à l'église de l'Immaculée-Conception à Montréal (1975-1977, 1987-1989). À la même église, il présenta, avec sa femme, l'intégrale de l'oeuvre de Dietrich Buxtehude en six récitals (1978-1979).

Lagacé fut récipiendaire du Prix Denise-Pelletier en 1978 attribué par le gouvernement du Québec et du Prix de musique Calixa-Lavalée en 1989. Il a été nommé membre de l'Ordre du Canada en 1985.

Source: Encyclopédie de la musique au Canada, Montréal, Fides, 1993 (ISBN 2-7621-1688-0)

 


 

 

 

Mireille Lagacé


Née Mireille Bégin, le 8 juin 1935, à Saint-Jérôme (Québec). À Montréal, elle étudia avec Germaine Malépart (piano), Conrad Letendre (orgue) et Gabriel Cusson (écriture). Boursière du gouvernement du Québec (1956), elle se rendit en Autriche où elle travailla l'orgue avec Anton Heiller. De retour à Montréal, elle poursuivit ses études d'orgue et de clavecin avec son mari, Bernard Lagacé, (1957-1962) et fut un membre actif du groupe Ars Organi. Elle obtint, en 1959, un premier prix au Concours d'orgue du centre de Montréal du Collège royal canadien des organistes (Concours d'orgue John-Robb). De 1962 à 1965, elle fut récipiendaire de quelques prix internationaux (Munich 1962; Genève 1962, 1965).

Également à l'aise à l'orgue et au clavecin, elle s'est toujours distinguée par sa brillante technique, la perfection, la musicalité et la vitalité de ses interprétations. Elle a donné de nombreux concerts à l'un ou l'autre instrument tant au Canada qu'aux États-Unis et en Europe. À cette activité de soliste et de chambriste, elle joint une activité pédagogique considérable. Elle a enseigné l'orgue pendant 10 ans au Conservatoire de Boston et, depuis 1973, elle est professeure de clavecin au Conservatoire de Montréal. Elle a été invitée à donner mains cours d'été aux États-Unis, au Canada et en Europe.
 
 

Elle a enregistré une vingtaine de disques sur étiquettes Calliope, Titanic et Radio Canada SM.

Source: Encyclopédie de la musique au Canada, Montréal, Fides, 1993 (ISBN 2-7621-1688-0)

 


 

 

 

Lucienne L'Heureux-Arel


Née à Saint-Jude, près de Saint-Hyacinthe (Québec), le 6 janvier 1931, elle étudia le piano avec Aline Letendre (1948-1952) et l'orgue avec Conrad Letendre (1948-1952) et Raymond Daveluy (1952-1953). En 1955, elle épousa l'organiste Gaston Arel.

Boursière du Conseil des arts du Canada (1960), en même temps que son mari, elle alla perfectionner son art à Hambourg (Allemagne) auprès de Charles Letestu, et y retourna en 1964. Lors de ses voyages d'études, elle eut l'occasion de jouer sur plusieurs orgues anciens historiques, notamment en Allemagne, en Hollande et dans les pays scandinaves.

Identifiée au mouvement Ars Organi dès le début (1960), elle contribua, avec quelques autres organistes, par ses récitals sur les orgues à traction mécanique de Montréal, à faire connaître la littérature d'orgue au public montréalais. Ses fréquentes apparitions sur les ondes de Radio-Canada et les nombreux récitals qu'elle a donnés tant au Canada, aux États-Unis et en Europe, en font une musicienne très connue et respectée dans le monde musical. En juillet 1994, invitée par l'Institut international des études ukréniennes, elle s'est fait entendre en récital conjoint avec son mari, Gaston Arel, dans les villes de Kiev et Lvov (Ukraine).

Tout en continuant de brillante façon sa carrière de récitaliste, elle a été professeure d'orgue (1966-1983) à l'école normale de musique (Institut Marguerite-Bourgeoys) et, depuis 1969, elle enseigne l'orgue à l'Université du Québec à Montréal.

Organiste à l'église Ascension of Our Lord de Westmount (1965-1972), elle occupe les fonctions d'organiste-titulaire et responsable de la musique à l'église Saint-Léon de Westmount depuis 1983. Elle est également membre du comité diocésain de l'orgue auprès de l'Archevêché de Montréal.

Source: Encyclopédie de la musique au Canada, Montréal, Fides, 1993 (ISBN 2-7621-1688-0)

 

 

 

      Le Livre d'orgue de Montréal (Jacques Ostiguy)

      Les Orgues Casavant

 

 

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