MADAME HELVÉTIUS (1720-1800) — Anne-Catherine de Ligniville Helvétius dite «:Minette» était l'une des vingt-et-un enfants de Jean-Jacques de Ligniville, chambellan du duc de Lorraine et de Charlotte de Saureau et nièce de Françoise de Graffigny. Sa famille était apparentée à celle de la reine Marie-Antoinette. Elle était vive, gaie, spirituelle et d'une grande beauté. Elle épousa Claude Adrien Helvétius, fermier général, philosophe, philanthrope, poète à ses heures et par surcroit, fort bel homme. Ce superbe couple forma le ménage le plus uni de son siècle.

Rue Sainte-Anne, chapelle parisienne de l'Encyclopédie, les Helvétius recevaient Denis Diderot, Jean le Rond dit d'Alembert, l'abbé Lefebvre de Laroche, Madame Necker, Julie de Lespinasse, Paul Henri Dietrich, baron d'Holbach; Bernard-Joseph Saurin, Jean-Antoine Caritat, marquis de Condorcet; Nicolas Bergasse, Anne Turgot, Emmanuel-Joseph Siéyès, Honoré Gabriel Riqueti, comte de Mirabeau; Sébastien-Roch-Nicolas, dit Chamfort; Jacques-Antoine Manuel, l'abbé Ferdinando Galiani, Constantin-François Chasseboeuf, comte de Volney; Cesare Bonesana, marquis de Beccaria, Jean-François Marmontel, André Morellet, Charles Pinot Duclos, Jean François de Saint-Lambert, Georges-Louis Leclerc, comte de Buffon et Fontenelle.

Inspiré et stimulé par le contact de tous ces brillants libre-penseurs, Helvétius écrivit un ouvrage intitulé «De l'Esprit» qui fit scandale au point d'être officiellement brûlé sur le grand escalier du Parlement. «L'orage passe, les écrits restent» concluera Voltaire.

Après la mort d'Helvétius (1771), l'on retrouvera «Minette» au 59, rue d'Auteuil, à Paris (Auteuil) où elle continuera à recevoir, entourée d'une vingtaine de superbes chats angoras, outre les précédents, les esprits forts du temps soit l'abbé Étienne Bonnot de Condillac, Chrétien Guillaume Lamoignon de Malesherbe, Guillaume-François Thomas, abbé Raynal; Charles Maurice de Talleyrand-Périgord, Antoine-Louis-Claude Destutt de Tracy, Pierre Claude François Daunou, André Chénier, le poète Jean Antoine Roucher, Madame Roland et son mari Roland de la Platière, Thomas Jefferson, Napoléon Bonaparte, futur empereur; Dominique-Joseph Garat, le sculpteur Jean-Antoine Houdon, Georges, baron Cuvier; Alexandre Von Humboldt, le peintre François, baron Gérard; un soupirant, Anne Turgot; le compositeur Gioacchino Rossini, Charles-Joseph Panckoucke, l'éditeur du «Mercure de France» et de l'Encyclopédie; l'imprimeur et libraire François-Ambroise Didot (le point typographique a pris son nom); Pierre-Louis Ginguené, Philippe Antoine Grouvelle, Pierre Louis Rœderer, l'inimitable bonhomme Franklin qui baptisera sa belle hôtesse du sobriquet de «Notre-Dame d'Auteuil» Pierre Jean Georges Cabanis qui deviendra son protégé et le jeune René de Chateaubriand.

Un jour que Bonaparte s'étonnait de l'exiguité de son jardin, elle lui répondit : «Général, si l'on savait tout ce qui peut tenir de bonheur dans trois arpents de terre, on songerait moins à «conquérir le monde.»

Elle reçut ce gotha de la libre-pensée jusqu'à l'âge de 80 ans où elle quitta le monde après avoir largement dépassé en années l'espérance de vie de son temps à l'instar de tant de salonnières.





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