LA PRINCESSE LIEVEN - Dorothea Christophorona Von Bekendorf, princesse de Lieven (1785-1857), née à Riga d'une famille originaire de Livonie. Épouse de Christophe, prince de Lieven et ambassadeur de Russie. Cultivée, elle parlait quatre langues; brillante causeuse et admirable dans ses exécutions musicales, c'était une femme au charme incomparable, grande, droite et mince. Très versée en politique, elle était la terreur des ministres des Affaires étrangères d'Europe..

Elle tint tout d'abord, à Londres, un salon réputé qui attirait les hommes les plus avisés, sans oublier son amant le plus prolifique, Clément von Metternich; Ferdinand Philippe, duc d'Orléans; Dorothée, princesse de Dino, lady Emily Mary Lamb Cowper, lady Grandville, Germaine de Staël et Arthur Wellesley, duc de Wellington et vainqueur de Waterloo. Son rôle fut considérable dans les transactions politiques outre-Manche pendant le mandat de son époux nommé ambassadeur de Russie dans la capitale anglaise, de 1812 à 1834.

Après 1835, elle a tenu un salon diplomatique parisien dont l'animateur fut son amant tardif François Guizot, à l'entresol de l'hôtel Talleyrand, au numéro 2, rue Saint-Florentin, loué au baron Rothschild.

On y rencontrait les principaux personnages politiques de l'époque dont Metternich, son ancien amant et la comtesse de Boigne. Une brochette de ministres se pressaient à ce salon. Les membres de l'Académie des sciences morales (rétablie sous la proposition de Guizot), les politiques du régime, André Dupin et son frère; Charles, comte de Duchâtel, Charles de Rémusat, les hommes de l'ancien Globe, ou leurs amis, Victor Cousin, Paul de Noailles qu'elle fit entrer à l'Académie; Adolphe Thiers, Prosper Mérimée, le philosophe Jean-Philibert Damiron y voisinaient. Mentionnons aussi René, vicomte de Chateaubriand, François-Auguste Mignet et quelques vieux révolutionnaires comme Pierre-Louis Roederer, Dominique-Joseph Garat, Joseph Lakanal sans oublier Augustin Thierry, Pauline Metternich et le prince de Talleyrand, l'un des ses meilleurs amis.

Dorothea joua durant toute sa vie le ròle d'une égérie politique des plus perpicaces d'où son sobriquet de « Sibylle diplomatique de l'Europe». La princesse de Lieven quittera ce monde en janvier 1857, dans la chambre même où Talleyrand avait rendu le dernier soupir. Elle léguera à Guizot sa voiture et une pension.


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