Fanny de Beauharnais, née Marie Anna Françoise Mouchard (1738-1813) — Fanny était la fille de François-Abraham-Marie Mouchard, écuyer et receveur général des finances de Champagne et d'Anne-Louise Lazure; elle a épousé Claude, comte de Beauharnais, oncle du premier mari de Joséphine, future impératrice. Fanny deviendra la marraine de la future reine Hortense mais se séparera d'un mari plutôt compréhensif pour se consacrer à l'écriture et à son salon. Femme de lettres et dramaturge médiocre mais prolifique elle a appartenu à l'Académie des Arcades de Rome et à l'Académie de Lyon.

Ses admirateurs la trouvaient assez jolie avec sa splendide chevelure; lui reconnaissaient de la fraîcheur éclatante et des yeux admirables. D'autres soulignaient son urbanité, sa bienveillance et lui concédaient beaucoup d'esprit. Dans son univers de tolérance, elle ne souffrait ni les envieux ni les calomniateurs.

Ses détracteurs lui reprochaient son style littéraire douteux et ses origines bourgeoises. Elle sera la Cendrillon des salonnières. Ses débuts en pourvoyeuse de vêtements au bénéfice d'écrivaillons démunis ou de poètes marginaux l'ont propulsé au niveau de l'hommage et des flatteries de Voltaire ou de Buffon. Le mariage de sa nièce Joséphine avec Napoléon Bonaparte a donné un dernier coup de pouce à son salon. Selon Étienne-Léon de Lamothe-Langon toute l'Europe et toute la France allaient chez la comtesse de Beauharnais.

Ses réceptions ont débuté en 1765 dans un hôtel de la rue Montmartre, à Paris pour continuer dans un appartement situé au second étage au couvent de la Visitation, rue du Bac. En 1799, le salon relocalisé au 6, rue Tournon attirait toute la capitale.

Chaque vendredi voyait se pointer le poète et auteur Claude-Joseph Dorat, amant de Fanny et animateur du salon des premiers jours; l'écrivain Jean Dussaulx; le chevalier Michel de Cubières, amant suivant de Fanny et nouvel animateur des rencontres; Paul Jérémie Bitaubé, traducteur d'Homère; Charles Palissot de Montenoy; le poète Écouchard Lebrun, l'auteur Louis-Sébastien Mercier, le pasteur Rabaut-Saint-Étienne, Nicolas Restif, dit Restif de la Bretonne; Georges Louis Leclerc, comte de Buffon qui appelait Fanny ma fille; Voltaire dépeignant Fanny en nymphe et en divinité; Marie-Louise Élisabeth Vigée-Lebrun, le prince Gonzague-Castiglione, le comte Stanislas Potocki, magnat polonais; François-Thomas-Marie de Baculard d'Arnaud, l'écrivain Jacques Cazotte, le philosophe Gabriel Bonot de Mably, Balthazar Alexandre, comte de Sainte-Aldegonde; l'abbé Adrien Lamourette (celui du baiser !), la nièce de Fanny, Joséphine de Beauharnais; Jean-Sylvain Bailly, astronome et homme politique; l'auteur et organisateur militaire Choderlos de Laclos accompagné de la soeur de l'amiral Dupéré, sa maîtresse; l'abbé Jean-Jacques Barthélemy; l'abbé Jacques Delille, Jean-François Marmontel; Louis-Marcelin de Fontanes, le moraliste Joseph Joubert, Gouverneur Moriss; le chimiste Antoine-Laurent de Lavoisier, François, comte de Boissy d'Anglas et la poétesse Fortunée Briquet.

ÉPISODE ITALIEN

La conjoncture révolutionnaire menacait toute comtesse. Alors Fanny a répondu en compagnie de Cubières à l'invitation romaine de Juliana (Julienne de Sainte-Croix) épouse du prince Scipion Santa Croce et ma”tresse du cardinal de Bernis, ambassadeur de France qui lui ouvre tout grand les portes de son palais. Celui-ci a déjà connu Claude-Joseph Dorat et lui fait rencontrer Jean-Sifrein Maury, cardinal et archevêque de Paris; les tantes du roi Louis XVI Élisabeth de Saxe et Marie-Amélie de Saxe. Devant ce cénacle réactionnaire Fanny déclame ses vers. Elle entendra les trémolos du célèbre violoniste Pietro Nardini et prendra contact avec Dupaty, fils du président au parlement de Bordeaux; et Victor Amédée Philippe Ferrero Fieschi, prince de Masserano.

De retour à Paris en 1792 elle ranime son salon. Le défilé des célébrités reprend. Soit Félix Vicq d'Azir, médecin de la reine Marie-Antoinette; le publiciste François Bonneville, Vivant Denon, le penseur ésotérique Louis-Claude de Saint-Martin; Lüchner, le baron Jean-Baptiste du Val de Grâce, dit Anarchis Cloots et l'écrivain Jacques Monselet.

La vicomtesse Joséphine de Beauharnais, nièce de Fanny, épouse le futur Napoléon Premier. Coup de piston pour le salon de la désormais dame accomplie Fanny. Selon un témoin, l'écrivain Jean-Fran¨ois Ducis : Tout l'Europe et la France allaient chez la comtesse de Beauharnais. Plusieurs invités ont l'habitude comme Étienne de Lamothe-Langon, un ancien du salon. D'autres s'ajoutent comme Pierre Marie Jean Cousin dit de Courchamps ou Jean-Baptiste Louvet de Couvray.

Après 1799, Fanny s'installe rue de Sèvres où elle continue à recevoir quelques amis et poursuit son métier d'écrivain. Mais un long silence précède sa mort, le 2 juillet 1813, rue Saint-Dominique. Un commentaire de Colette Piau-Gillot : «Fanny durant toute sa vie littéraire, va lutter pour défendre le statut des femmes-auteurs, voire pour obtenir le droit à s'exprimer pour toutes les femmes».


 

 

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