SALONS DE L'ARSENAL — La Bibliothèque de l'Arsenal (3, rue de Sully, Paris) ancien logement du grand-maître de l'artillerie, a été le site de trois salons célèbres, dont deux tenus par des hommes.





Caroline-Stéphanie-Félicité du Crest de Saint-Aubin, comtesse puis marquise de Genlis (1746-1830) — Fille de Pierre César du Crest, marquis de Saint-Aubin, elle fut gouvernante des enfants du duc d'Orléans Philippe Égalité et a signé plusieurs ouvrages sur l'éducation. Cette femme de lettres jouait la comédie à ravir, peignait et dessinait. Plus que gâtée de la nature, elle avait en outre un fort joli visage. Elle avait épousé Charles Alexis Brulart, comte de Genlis, puis marquis de Sillery.

Mme de Genlis fit ses débuts comme animatrice du salon de la duchesse de Chartres, au Palais Royal. Elle a ensuite reçu des invités au pavillon Bellechasse attenant au couvent des Chanoinesses du Saint-Sépulcre de Jérusalem, au Faubourg Saint-Germain, lieu de salon aussi d'école pour les enfants du duc.

Après la Révolution, Madame de Genlis est rentrée à Paris et a tenu salon à titre de bibliothécaire de l'Arsenal ( 6000 livres de pension accordées par Napoléon 1er ). Le samedi était la journée salonnière et l'on rencontrait ce jour-là des lettrés comme le comte de Ségur, des causeurs comme l'écrivain Marie-Gabriel-Florent-Auguste Choiseul-Gouffier, M. d'Estournel, Pierre Choderlos de Laclos, Désirée Clary, épouse de Jean-Baptiste Bernadotte, futur roi de Suède; sa soeur Julie Clary, épouse de Joseph Bonaparte; Vivant Denom, Jacques-Pierre Brissot de Warville, Jean-François de La Harpe, Constantin-François Chasseboeuf, comte de Volney; Bertrand Barrère de Vieuzac, Antoine Barnave, le peintre Louis David, Jean-Jacques Rousseau, René de Chateaubriand, Georges Louis Leclerc, comte de Buffon; Camille Desmoulins le prince de Nassau, l'évêque d'Autun, Talleyrand; Marie Pignatelli, comtesse de Potocka; le médecin de Louis XVIII, Jean-Louis Marc Alibert; Hélène de Bauffremont, comtesse de Choiseul-Gouffier; l'abbé Antoine Sabatier de Cabre, Theresa Cabarrus-Tallien, marquise de Fontenay et princesse de Caraman; Aubin-Louis Millin, Philippe-Antoine Grouvelle, Louis-Marcelin de Fontanes, Alexandre de Lameth, Jérôme Pétion de Villeneuve, Jérôme Bonaparte, Louise-Marie Bathilde d'Orléans, duchesse de Bourbon; le cardinal Jean-Sifrein Maury, Germaine de Staël, Suzanne Necker, le comte de Schomberg et l'élève de Mme de Genlis, la princesse Adélaïde, fille de Louis-Philippe (Égalité), d'Orléans.

La cour de Napoléon Premier connaissait sa part de novices au niveau de l'étiquette et des bonnes manières. C'est Madame de Genlis qui servit de conseillère à l'Empereur. Celui-ci appréciait beaucoup ses services car elle passait pour la grande spécialiste dans ce domaine.

Avant de rendre l'âme, Madame de Genlis eut la satisfaction de voir son dernier élève Louis-Philippe d'Orléans accéder à la royauté.

 




Homme de lettres français, Charles Nodier (1780-1844) devint conservateur de la bibliothèque en 1824. Ce lieu ne tarda pas à devenir le point de ralliement des principaux romantiques dont, leur jeune chef, Victor Hugo; Alexandre Dumas, Alphonse de Lamartine, Alfred de Vigny, Charles-Augustin de Sainte-Beuve, Aloysus Bertrand, Alfred de Musset, Émile et Antony Deschamps; Alexandre Soumet, Prosper Mérimée, Théophile Gautier, la poétesse Mélanie Waldor, le poète de la langue d'oc Jacques Boé dit Jasmin; Honoré de Balzac, les peintres Eugène Delacroix et Louis Boulanger, le sculpteur David d'Angers, le graveur Jacques Marie Achille Devéria et Félix Arvers qui composa son fameux sonnet inspiré, semble-t-il, par la fille de Nodier, Mme Menissier. Les rencontres avaient lieu le dimanche soir. Le nom adopté fut: Cénacle de l'Arsenal.










Troisième acte, en 1901, le bibliothécaire Jose Maria de Heredia (1842-1905), poète français d'origine cubaine, reçut à l'Arsenal, ses amis le critique d'art et poète Georges Lafenestre, conservateur du Louvre; le poète Emmanuel des Essarts, René François Armand Prudhomme dit Sully Prudhomme ainsi que Henri de Régnier, écrivain et poète; Maurice Barrès, Colette et son premier mari Henri Gauthier-Villars dit Willy et Pierre Louys. La Bibliothèque de l'Arsenal fut donc le berceau des romantiques et des parnassiens.


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