Les Salons dans le monde arabe

Les honneurs nourrissent les arts ; il suffit parfois d’une simple reconnaissance dans un public restreint pour que l’artiste se sente obligé de persévérer dans les sentiers de la création et de braver les difficultés de celle-ci.

Les poètes autant que les compositeurs rêvent d’un public qui n’aurait d’écoute que pour eux ; c’est dans ce sens que les salons littéraires ont été, malgré leur caractère parfois fallacieux, d’excellents lieux de valorisation des lettres.

Durant le XIXe siècle et jusqu’aux années 30 du siècle échu, il y eut un développement formidable des salons littéraires qui groupaient dans un cénacle privé des artistes, des littérateurs et des mécènes éclairés. "..."

Depuis la Grecque Aspasie jusqu’à l’Arabe May Ziadeh, que de salons se sont succédé ; pourtant rares sont ceux qui ont pu figurer dans l’histoire de la pensée humaine.

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Dans le monde arabe, on pourrait se référer aux rencontres littéraires dans la cour andalouse qui ne se font pas encore dans le salon tel quel, mais qui préfigurent une disposition aux mondanités futures et une présence littéraire et artistique de la femme : les "qiyyan" (poétesses et chanteuses) constituent peut-être les signes d’une ouverture dans ce sens. Plus proche de nous est le célèbre salon moderne de May Ziadeh (1886-1941) que la plupart des traités citent comme femme de culture et artiste dans son genre : May Ziadeh est une femme de lettres libanaise d’origine palestinienne ; elle a appris les langues occidentales (le français et l’anglais d’abord), perfectionné son arabe et contribué à la renaissance de la littérature arabe. Parmi ses œuvres "Bâhitatu al bâdiah" (La chercheuse de la campagne), "Al mossâwât" (L’égalité), "Sawânihu fatât" (Les rêveries d’une jeune fille), "Kalimât wa ichârât" (Des mots et des signes).

May a été principalement associée à Gibran Khalil Gibran à travers leurs fameuses correspondances pendant vingt ans. Ils ne s’étaient jamais rencontrés et leur histoire est constamment racontée comme une affaire épistolaire d’amour. Les deux personnes se sont, sans aucun doute, admirées et aimées ; mais l’amour de May n’a pas été déclaré.

Beaucoup de féministes arabes, et spécialement des femmes de lettres égyptiennes, reconnaissent devoir quelque chose à May Ziadeh. Durant sa carrière littéraire, elle a été une figure de proue ; elle a joué un rôle dans la modernisation de la littérature arabe durant le moment crucial de la "nahda" et que son salon servait de forum pour les intellectuels d’avant-garde qui peuplaient l’Egypte. Presque une soixantaine d’années après la mort de May, cette femme qui a tenu salon au Caire pendant les années 20 et 30, n’est pas suffisamment connue ; son histoire relève presque du mythe et de l’anecdote que de faits réellement attestés.

Depuis les années '70, des écrits en plusieurs langues ont été réalisés sur sa vie et son œuvre ; mais sur le plan arabe on connaît surtout le livre de Faruq Saâd "Baqat min hada’iq May" publié à Beyrouth en 1973 et la première compilation des œuvres de May réalisée en 1982 par une femme, la syrienne Salma al-Haffar al-Kuzbari.

Une autre femme Syrienne, et non des moindres, Ghada Samman, a préfacé le livre de Antje Ziegler "May Ziadeh Rediscovered" traduit par Mira.

Ahmed Aydoun


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