La duchesse d'Abrantès

Laure Saint-Martin Permon Junot, duchesse d'Abrantès (1785-1838) — Corse et familière de la famille Bonaparte, elle a connu Napoléon à toutes les étapes de sa vie. Celui-ci la surnommait «Petite peste» ou «Mamzelle Loulou». La mère de Laure était Marie-Louise Commène, soi-disant descendante du dernier empereur grec. Elle avait reçu une éducation soignée. Auteur de 57 volumes dont ses Mémoires, bonne musicienne qui dansait à merveille, elle parlait plusieurs langues. Mais coquette au superlatif, elle était sans contredit l'une des plus belles femmes de la cour impériale. Elle était l'épouse d'Andoche Junot, l'un des généraux intimes de l'Empereur.

Son premier salon, le plus modeste et lieu de rendez-vous des Corses de Paris, aura lieu, rue des Filles-Saint-Thomas, àl'hôtel parisien de la Tranquillité. Parmi les visiteurs, Napoléon Bonaparte, futur empereur des Français. Elle épousera ensuite le général Junot qui sera fait un peu plus tard duc d'Abrantès.

Détournée vers le Portugal avec son mari par l'Empereur, elle connut un semblant d'exil à la suite de ses liaisons tumultueuses avec l'ambasseur autrichien Clément von Metternich et le jeune comte Maurice de Balincourt. La réconciliation avec Napoléon ne tarda pas.

À l'hôtel d'Abrantès, avec la bénédiction impériale, les réceptions étaient brillantes, la table raffinée, la cuisine soignée. C'était un défilé de beaux de militaires, d'étrangers de marque, même de poètes comme Écouchard Lebrun et Jean Nicolas Bouilly. À chaque quinzaine, dîner de quatre-vingts couverts pour les maréchaux, les généraux, les colonels.

Ce deuxième salon attirait Hugues Bernard Maret, duc de Bassano; le comte Antoine de Lavalette, le poète Népomucène Lemercier, le préfet de Paris Nicolas Frochot, le général Jean-Gabriel Thiébault, l'archéologue Aubin Louis Mullin de Grandmaison, le naturaliste Étienne Geoffroi-Saint-Hilaire, le médecin de prédilection de Napoléon, Jean-Nicolas Corvisart; le médecin René Nicolas, baron Degenettes; les artistes François, baron Gérard; un amant : Michel Duroc, Louis Girodet Trioron et Augustin Pajou; le cardinal Jean-Sifrein Maury, le général Louis de Narbonne, Casimir, comte de Montrond et l'escadron de beautés : Fortunée Hamelin, Laure de Bonneuil Régnaud de Saint-Jean-d'Angély, Marie Antoinette Adèle Papin, comtesse Duchatel, de la maison de l'impératrice Joséphine; la baronne Lallemand et Jeanne-Charlotte, comtesse de Lucay.

Le dernier salon eut lieu après le suicide de Junot devenu dément et la chute de l'Empire. En plus des vieux habitués accourait une nouvelle génération dont le comte Jules de Castellane, le dessinateur Sulpice Guillaume Chevalier, dit Paul Gavarni; Honoré de Balsac qui devint son amant; Victor Hugo et sa femme Adèle Foucher; Astolphe Louis Léonor, marquis de Custine; René de Chateaubriand, Juliette Récamier, Alfred de Musset, Alexandre Dumas père, JulesJanin,un autre amant, Alexandre de Girardin; les journalistes Bonafous de Fontenay et Alphonse Karr; le poète Étienne Delrieu, Mélanie Waldor, Virginie Ancelot et Delphine Gay.

Il faut intercaler l'intermède d'après 1815 où Laure a tenu un salon en Italie durant quelques annés. Devenue royaliste, elle aura invectivé l'Empereur comme seule une personne qui l'a connu dans sa jeunesse pouvait le faire. «La duchesse d'Abracadabrantès» comme l'appelait Théphile Gautier a quitté le monde avec 1 400 00 F de dettes, reléguée par la vie dans une masure parisienne.


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